Dans la nuit du 20 juillet, heure de Pékin, les marchés financiers mondiaux ont connu une forte volatilité dès l’ouverture de la séance asiatique. Les prix internationaux du pétrole ont bondi, les contrats à terme sur le Brent franchissant la barre des 91 dollars le baril pour la première fois depuis le 11 juin, tandis que le WTI dépassait les 84 dollars. Au moment de la publication, les données du marché Gate indiquent un WTI à 83,82 dollars le baril, en hausse de 2,49 %, et un Brent à 90,74 dollars, en progression de 3,00 %.
À l’opposé de l’euphorie du marché pétrolier, les métaux précieux ont affiché une faiblesse généralisée. L’or au comptant est passé sous le seuil psychologique des 4 000 dollars, atteignant un plus bas intrajournalier de 3 982,32 dollars l’once. À Londres, le prix de l’or a reculé de 0,44 % sur la séance, à 4 000,558 dollars l’once.
Traditionnellement, l’adage « Quand les canons grondent, l’or vaut mille taëls » s’est vérifié sur les marchés financiers. Le schéma classique — escalade d’un conflit géopolitique → montée de la demande de valeurs refuges → afflux de capitaux vers l’or → hausse du cours de l’or — a été confirmé à maintes reprises ces dernières décennies. Mais les marchés de 2026 réécrivent ce scénario. Lorsque la guerre fait grimper les prix de l’énergie, alimentant les anticipations d’inflation et les craintes de relèvement des taux, l’or reste-t-il encore la valeur refuge ultime ?
Le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz à l’arrêt : un test de résistance pour le risque géopolitique
Le déclencheur immédiat de cette nouvelle vague de turbulences sur les marchés provient du détroit d’Ormuz. Selon une dépêche de l’agence iranienne Fars du 19 juillet, relayée par l’agence Xinhua, le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz est tombé à zéro, aucun navire ne franchissant actuellement le passage. L’Iran a clairement indiqué que toute tentative de traversée serait repoussée par la force, et que tant que les États-Unis poursuivraient leurs « actions hostiles et provocatrices », le détroit resterait fermé.
Le détroit d’Ormuz est l’un des points de passage pétroliers les plus stratégiques au monde, environ un tiers du commerce maritime mondial de pétrole y transitant. Si cette route venait à être effectivement coupée, l’impact sur l’approvisionnement énergétique mondial serait évident. Parallèlement, les affrontements terrestres au Moyen-Orient s’intensifient également. Les forces américaines ont mené des frappes aériennes contre l’Iran pour la neuvième nuit consécutive, tandis que les forces iraniennes ont entamé la dix-septième phase de leur opération de drones « Lightning » au petit matin, ciblant à nouveau des bases américaines au Koweït. Le 19 juillet, le Commandement central américain a annoncé la mort d’un soldat américain lors d’une mission liée à l’Iran dans le nord de l’Irak.
Selon la logique refuge traditionnelle, un tel niveau de risque géopolitique devrait entraîner d’importants flux vers l’or. Pourtant, la réalité est tout autre : l’or non seulement n’a pas rebondi, mais il a continué de fléchir après avoir franchi à la baisse le seuil des 4 000 dollars. Cela suggère que le marché fonctionne désormais selon une logique radicalement différente.
Pourquoi la flambée du pétrole agit-elle désormais comme un « catalyseur inverse » pour l’or ?
L’aspect le plus singulier de ce mouvement de marché est que le risque géopolitique a déclenché une envolée des prix du pétrole, et non de l’or.
Le Brent a bondi de plus de 16 % la semaine dernière, sa plus forte progression hebdomadaire en trois mois. Au 20 juillet, le Brent s’échangeait à 90,32 dollars le baril, en hausse de 2,52 % sur la séance. La cause directe de cette flambée est le risque de rupture d’approvisionnement : le trafic dans le détroit d’Ormuz est à l’arrêt, interrompant la boucle mondiale d’approvisionnement en brut. Selon JPMorgan, les stocks mondiaux de brut (hors Chine) sont tombés à des niveaux historiquement bas, laissant au marché « pratiquement aucune marge d’erreur ».
Mais la hausse du pétrole ne profite pas à l’or, elle exerce au contraire une pression. La chaîne de transmission est la suivante :
Hausse du pétrole → augmentation des coûts de transport → hausse des prix des matières premières → montée des anticipations d’inflation
À mesure que le marché revalorise le risque d’inflation, les anticipations concernant la politique monétaire de la Fed évoluent. Beth Hammack, présidente de la Fed de Cleveland, a récemment rejoint le nombre croissant de responsables de la Fed exprimant leur préoccupation face à une inflation persistante, dans une publication sur LinkedIn. Les traders de swaps ont déjà intégré au moins une hausse de taux d’ici la fin 2026.
Selon le « FedWatch » du CME, au 20 juillet, la probabilité que la Fed maintienne ses taux inchangés en juillet s’établit à 85,6 %, mais la probabilité d’une hausse cumulative de 25 points de base d’ici septembre est montée à 53,5 %. Cette probabilité avoisinait déjà 50 % à la mi-juillet. Le marché revalorise rapidement le scénario de relèvement des taux.
Qu’implique une perspective de hausse des taux pour l’or ? L’or ne génère pas de revenu d’intérêt. Lorsque les rendements des bons du Trésor américain augmentent et que les taux réels progressent, le coût d’opportunité de la détention d’or s’accroît, réduisant naturellement son attrait. Soojin Kim, analyste chez Mitsubishi UFJ Financial Group, résume ainsi la situation : « Les mouvements de prix récents montrent que le marché se concentre davantage sur la probabilité de taux américains élevés durablement, plutôt que sur le rôle traditionnel de valeur refuge de l’or. Cela rend l’or vulnérable à la pression. »
Modèle à trois facteurs : pourquoi la logique refuge de l’or s’est-elle grippée cette fois-ci ?
La valorisation de l’or repose sur trois variables fondamentales : la demande de valeur refuge, l’évolution du dollar américain et les taux d’intérêt réels.
Actuellement, ces trois variables ne sont pas alignées :
- Demande de valeur refuge ↑ : les tensions entre les États-Unis et l’Iran s’intensifient, le détroit d’Ormuz est fermé, le risque géopolitique est élevé
- Taux d’intérêt réels ↑ : les anticipations d’inflation portées par le pétrole augmentent, les paris sur un relèvement des taux de la Fed s’intensifient, les rendements des Treasuries progressent
- Dollar américain ↑/→ : le dollar se renforce en tant que valeur refuge, exerçant une pression supplémentaire sur l’or
Lorsque la pression haussière sur les taux réels l’emporte sur la demande de valeur refuge, le prix de l’or recule. C’est la contradiction centrale du marché actuel.
Cette logique avait déjà été amorcée lors du conflit Russie-Ukraine en 2022 : à l’époque, l’indice dollar avait dépassé 114, pesant sur l’or. Mais le conflit États-Unis-Iran de 2026 est encore plus complexe : il perturbe directement les chaînes d’approvisionnement énergétique mondiales, et l’impact du pétrole sur l’inflation est plus direct et immédiat.
Le « Bilan semestriel 2026 du marché de l’or » du World Gold Council soulignait déjà que le prix de l’or serait déterminé par un mélange d’incertitudes géopolitiques, de taux d’intérêt et de sentiment des investisseurs. Le rapport prévoit que la Fed devrait relever ses taux au moins une fois en 2026, probablement en octobre. L’investissement dans l’or atteindra un tournant critique au second semestre.
De « valeur refuge » à « actif de taux » : la logique de valorisation de l’or évolue
L’analyse des performances de l’or lors des récentes crises géopolitiques met en lumière l’évolution de sa logique de valorisation :
Pandémie de COVID-19 en 2020 : la demande de refuge conjuguée à l’assouplissement monétaire mondial a dopé l’or. Moteurs : valeur refuge + assouplissement.
Conflit Russie-Ukraine en 2022 : le risque de guerre a directement déclenché des flux vers l’or. Moteur : risque de guerre.
Cycle de baisse des taux 2024–2025 : les anticipations d’assouplissement monétaire ont dominé la trajectoire de l’or. Moteur : attentes de baisse des taux.
Conflit États-Unis-Iran en 2026 : la guerre fait grimper le pétrole → les anticipations d’inflation augmentent → la crainte de hausses de taux s’installe → l’or subit une pression. Moteurs : guerre + inflation + attentes de taux élevés.
L’or évolue d’un statut de « valeur refuge pure » vers celui d’« actif macro de trading sur les taux ». Dans un contexte d’attentes de taux élevés, la performance de l’or s’écarte de la tradition : le soutien du risque géopolitique aux prix de l’or est éclipsé par les anticipations de taux.
La cause profonde de cette mutation réside dans la différence de transmission de ce conflit par rapport au passé. Il ne s’agit plus simplement d’un événement de risque, mais d’un choc composé « risque géopolitique → choc énergétique → inflation → resserrement monétaire ». La logique de marché dépasse le schéma linéaire « événement de risque → rallye refuge ».
Les capitaux spéculatifs restent présents : le bras de fer entre acheteurs et vendeurs à un point d’inflexion
Malgré la pression sur les prix de l’or, tous les capitaux ne quittent pas le marché.
Les données de la CFTC montrent que pour la semaine se terminant le 14 juillet, les spéculateurs sur l’or COMEX ont augmenté leurs positions nettes longues de 4 294 contrats, à 119 147 contrats. Cela indique que, malgré la correction des prix, certains investisseurs institutionnels continuent de parier sur la tendance haussière de l’or à long terme.
Les flux des ETF or divergent également. En mai, les ETF or mondiaux ont enregistré des sorties d’environ 1,8 milliard de dollars, mais en juillet, les souscriptions ont repris. Les données montrent que les souscriptions nettes aux ETF or ont atteint 960 millions de parts en juillet. Au 7 juillet, la capitalisation totale des ETF or s’élevait à 220,142 milliards de yuans.
Le bras de fer entre acheteurs et vendeurs atteint un point critique. D’un côté, les anticipations de hausse des taux plafonnent les prix de l’or ; de l’autre, le risque géopolitique demeure, et certains investisseurs continuent de parier sur l’incertitude.
Deux scénarios possibles pour la prochaine phase de l’or
Scénario haussier :
Si le risque géopolitique continue de s’aggraver — perturbation prolongée du détroit d’Ormuz, ou élargissement du conflit — la demande de valeur refuge pour l’or pourrait reprendre le dessus. Par ailleurs, si les chiffres de l’inflation reculent plus que prévu, les anticipations de hausse des taux par la Fed pourraient se modérer, offrant un répit à l’or. Selon CICC Macro, les tensions sur l’emploi et la consommation, ainsi que les besoins de financement accrus de l’économie américaine dopée par l’IA, pourraient rendre difficile pour la Fed d’adopter une posture réellement restrictive, aboutissant à une politique « faucon en paroles, colombe en pratique ».
Scénario baissier :
Si les prix du pétrole poursuivent leur ascension et font grimper l’inflation, les anticipations de relèvement des taux par la Fed se renforceront encore. Le dernier rapport d’ANZ souligne que les anticipations de hausse des taux continueront de limiter le potentiel haussier de l’or à court terme. Si le marché intègre pleinement une nouvelle hausse, l’or pourrait tester la zone des 3 800–3 900 dollars.
Selon la dernière enquête de Wall Street, sur 14 analystes, 11 sont baissiers sur l’or à court terme, un seul anticipant une hausse. Cependant, certaines institutions estiment que même si l’or passe sous les 4 000 dollars, le potentiel de baisse reste limité. Bank of America a abaissé sa prévision de prix moyen de l’or pour 2026 de 14 %, à 4 360 dollars l’once, mais envisage toujours un potentiel de 6 000 dollars d’ici 2027.
Conclusion
Le seuil des 4 000 dollars pour l’or n’est pas qu’un simple niveau de prix — c’est le théâtre d’affrontement de deux logiques de valorisation opposées. D’un côté, la narration refuge traditionnelle : la montée du risque géopolitique devrait soutenir l’or. De l’autre, la logique émergente des taux : les anticipations d’inflation et la crainte de hausses de taux érodent l’attrait de l’or.
Le marché de 2026 enseigne aux investisseurs une réalité simple : la guerre ne garantit pas un rallye sur l’or. La trajectoire de l’or dépend de la manière dont le conflit influence les anticipations de politique monétaire : lorsque la guerre fait grimper les prix de l’énergie et attise l’inflation, l’attrait refuge de l’or peut être neutralisé par la pression des taux.
Le marché se trouve actuellement dans un équilibre précaire entre acheteurs et vendeurs. Le risque géopolitique n’a pas disparu, les capitaux spéculatifs restent présents, mais l’ombre des anticipations de hausse des taux plane toujours. Le bras de fer autour du seuil des 4 000 dollars pourrait bien être le reflet extérieur de cette mutation de la logique de valorisation.
FAQ
Q : Pourquoi l’or baisse-t-il alors que les tensions États-Unis–Iran s’intensifient ?
Le conflit États-Unis–Iran fait grimper les prix du pétrole, ce qui alimente les craintes d’inflation et incite le marché à anticiper des hausses de taux de la Fed. Une hausse des taux signifie une progression des taux réels, ce qui accroît le coût d’opportunité de la détention d’or et provoque des sorties de capitaux. La principale raison du recul de l’or cette fois-ci n’est pas un manque de demande refuge, mais la domination des anticipations de hausse des taux sur la logique refuge.
Q : Le seuil des 4 000 dollars constitue-t-il encore un support pour l’or ?
À court terme, les 4 000 dollars représentent un niveau psychologique et technique clé. Certaines institutions estiment qu’il existe un soutien à l’achat lorsque l’or passe sous ce seuil, mais les analystes préviennent également que si les anticipations de hausse des taux s’intensifient, l’or pourrait tester la zone des 3 800–3 900 dollars.
Q : La Fed relèvera-t-elle vraiment ses taux en 2026 ?
Les données du CME montrent que le marché évalue actuellement à 53,5 % la probabilité d’une hausse de 25 points de base avant septembre. Mais les avis divergent : l’économiste en chef de Natixis n’anticipe aucune hausse en 2026, tandis que le World Gold Council estime qu’au moins une hausse est déjà intégrée par le marché.
Q : L’or est-il toujours considéré comme une valeur refuge ?
Les attributs refuge de l’or n’ont pas disparu, mais dans un environnement de taux élevés, sa logique de valorisation évolue d’« actif refuge pur » à « actif macro de trading sur les taux ». Lorsque le risque géopolitique se transmet aux prix du pétrole, puis à l’inflation et aux taux, la fonction refuge de l’or peut être neutralisée par la pression des taux.
Q : Comment les investisseurs doivent-ils réagir à la volatilité actuelle de l’or ?
Surveillez deux variables clés : l’état du trafic dans le détroit d’Ormuz (qui détermine la tendance du pétrole) et les chiffres de l’inflation américaine (qui conditionnent l’orientation de la Fed). L’or se trouve à un point d’inflexion entre acheteurs et vendeurs, et le bras de fer entre risque géopolitique et anticipations de hausse des taux déterminera la tendance à court terme.




