SEC et CFTC publient un guide conjoint de 68 pages, établissant cinq grandes catégories de tokens et clarifiant la qualification du minage et des airdrops, mettant fin à une décennie de zones grises réglementaires.
La Securities and Exchange Commission (SEC) et la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) ont publié hier (17/03) un guide explicatif conjoint de 68 pages, marquant une étape importante dans la régulation des cryptomonnaies aux États-Unis. Le président de la SEC, Paul S. Atkins, a annoncé officiellement cette nouvelle structure lors du sommet blockchain du district de DC à Washington, visant à mettre fin à plus de dix ans d’incertitude juridique sur le marché.
Ce guide, approuvé au niveau du comité, définit clairement comment la législation fédérale sur les valeurs mobilières s’applique à divers actifs numériques et transactions associées. M. Atkins a souligné que cette démarche reflète la responsabilité des régulateurs, qui doivent délimiter avec clarté les frontières légales. Cette nouvelle réglementation répond aux demandes de l’industrie depuis longtemps et reconnaît publiquement que la majorité des actifs cryptographiques ne sont pas des valeurs mobilières.
M. Atkins a déclaré que la SEC n’est plus la « Securities and Everything Commission ». La mission centrale de l’organisme revient à protéger les investisseurs dans les transactions de valeurs mobilières, en cessant d’appliquer une enforcement indifférenciée à tout l’écosystème crypto.
Ce changement contraste nettement avec la politique de son prédécesseur, Gary Gensler, qui privilégiait une approche « enforcement plutôt que régulation », reflétant une attitude plus tolérante envers l’innovation technologique sous l’administration Trump.
Source : Bloomberg SEC président Paul S. Atkins annonce officiellement la nouvelle structure réglementaire lors du sommet blockchain du district de DC
Ce guide, à forte valeur indicative, divise les actifs cryptographiques en cinq catégories principales, fournissant aux acteurs du marché une « taxonomie des tokens » officielle.
Source : Crypto City Illustration des cinq catégories d’actifs proposées par la SEC pour l’industrie crypto
Outre la classification macroéconomique des tokens, ce guide répond aussi à une préoccupation de longue date de l’industrie concernant la qualification juridique des activités opérationnelles. Concernant le minage de protocoles (Protocol Mining) et le staking (Protocol Staking), la SEC et la CFTC indiquent que, dans la majorité des cas, ces activités n’impliquent pas l’émission ou la vente de valeurs mobilières. Par exemple, pour les réseaux Proof of Stake (PoS), la SEC considère que les opérateurs de nœuds effectuent des activités administratives ou de maintenance du réseau, relevant d’un niveau de gestion interne. Les récompenses obtenues sont considérées comme des rémunérations pour services, et non comme des profits d’investissement issus d’une gestion extérieure.
Quant aux airdrops de cryptomonnaies, le guide indique que si le receveur ne fournit pas d’argent, de biens, de services ou autre contrepartie, cela ne remplit pas le critère de « placement d’argent » selon le test Howey, et n’a donc pas besoin d’être enregistré en tant que valeur mobilière. Pour les tokens enveloppés (Wrapped Tokens), si leur version enveloppée sert uniquement de reçu d’échange pour des actifs non liés à des valeurs mobilières, cela ne constitue pas une valeur mobilière ; en revanche, si l’actif original est une valeur mobilière ou liée à un contrat d’investissement, la version enveloppée conserve ce statut. Ces précisions réglementaires concrètes éliminent efficacement l’incertitude juridique longtemps pesante sur la DeFi et le développement blockchain, en proposant un « code de la route » rationnel.
Une des avancées conceptuelles majeures de ce cadre concerne l’interprétation par la SEC du mécanisme de fin d’un contrat d’investissement (Investment Contract).
Le guide indique que, bien que certains actifs non liés à des valeurs mobilières puissent, lors de leur vente, être temporairement liés à un contrat d’investissement en raison d’engagements de gestion, ce statut n’est pas permanent. Lorsque l’émetteur a rempli ses promesses ou ne peut plus exercer ses efforts de gestion, et que l’acheteur ne peut plus raisonnablement attendre de profiter des efforts d’autrui, le token se détache du contrat d’investissement et retrouve sa nature d’actif non lié à des valeurs mobilières.
Cette vision de « fin du contrat d’investissement » modifie radicalement l’approche précédente, qui considérait que dès qu’un token était soumis à une analyse de valeurs mobilières, il se trouvait dans un vide juridique indéfini. Cependant, la SEC met en garde que la séparation du statut ultérieur du token n’a pas d’effet rétroactif. Si lors de l’émission initiale il y a eu des violations de la loi non enregistrées, l’émetteur reste responsable.
M. Atkins insiste sur le fait que les projets doivent divulguer clairement leurs déclarations et promesses, afin que les investisseurs comprennent précisément leurs droits lors de l’achat. Cette norme déplace le débat de « le token est-il une valeur mobilière » à « quelles promesses concrètes sont faites » et « par qui ».
Parallèlement à la publication du guide, M. Atkins a également évoqué une vision plus large de réglementation appelée « Regulation Crypto Assets » (Régulation des actifs cryptographiques). Ce plan inclut plusieurs propositions d’exemptions visant à offrir aux développeurs américains un chemin réglementaire pour lever des fonds.
M. Atkins remercie particulièrement la commissaire Hester Peirce, surnommée la « crypto mom », pour son influence sur ces propositions, notamment son cadre « token safe harbor » présenté en 2020. Bien que la SEC prévoit de soumettre ces propositions à consultation publique dans les semaines à venir, M. Atkins souligne que seule une législation globale, comme le « CLARITY Act » au Congrès, pourra assurer une stabilité réglementaire à long terme. La collaboration renforcée entre la SEC et la CFTC dans cette démarche consolide la régulation et pose les bases pour que les États-Unis retrouvent leur position de leader dans la compétition financière numérique mondiale.