Un moment historique pour la régulation des cryptomonnaies : quels sont les cinq dispositions clés du projet révisé de loi CLARITY ?

Sécurité
Mis à jour: 24/07/2026 10:14

22 juillet 2026 : les Républicains du Sénat ont officiellement publié la dernière version révisée du Digital Asset Market Structure Act (CLARITY Act) aux États-Unis. Ce projet de loi, qui compte 616 pages, constitue la mise à jour la plus significative depuis l’adoption du texte par la Chambre des représentants en juillet 2025, avec 294 voix pour et 134 contre. Pour la première fois au niveau fédéral, le texte interdit explicitement au Président, au Vice-Président, aux membres du Congrès, aux juges fédéraux et à d’autres hauts responsables d’émettre ou de parrainer des actifs numériques à des fins lucratives pendant leur mandat. Parallèlement, le projet de loi propose le cadre réglementaire le plus détaillé à ce jour sur des sujets clés tels que les mécanismes de rémunération des stablecoins, la classification des protocoles DeFi, les exemptions à l’émission de tokens et les obligations en matière de lutte contre le blanchiment d’argent.

À l’approche de la pause parlementaire d’août (avec une échéance fixée au 7 août), la fenêtre législative se referme rapidement. Le Sénat doit réunir 60 voix pour adopter le texte, ce qui implique que les Républicains devront obtenir le soutien d’au moins sept sénateurs démocrates.

Pourquoi l’interdiction des tokens pour les responsables publics est-elle devenue l’axe central du projet de loi ?

La disposition la plus scrutée de ce nouveau texte est la première ligne rouge fédérale concernant la participation des responsables publics aux activités liées aux crypto-actifs. Les « responsables ou employés publics » concernés incluent le Président, le Vice-Président, les membres du Congrès, les juges fédéraux, d’autres hauts fonctionnaires, ainsi que leurs conjoints.

Durant leur mandat, ces personnes se voient interdire « d’émettre ou de parrainer des actifs numériques contre rémunération ». Le texte définit « émettre » comme le fait de créer, frapper, lancer ou contrôler la vente ou la distribution initiale d’actifs numériques. La notion de « parrainer » est plus large : fournir des financements, organiser ou promouvoir publiquement des tokens, ou même utiliser son nom, son image ou sa fonction officielle dans la création ou la promotion sont concernés. Il est important de noter qu’il ne s’agit pas d’une interdiction générale de détenir des cryptomonnaies. Le texte précise que les personnes réglementées peuvent continuer à détenir des actifs numériques à titre d’investissement, sous réserve des obligations de déclaration et de gestion des conflits d’intérêts existantes. Toute vente de crypto-actifs supérieure à 1 000 $ doit être déclarée. Les contrevenants peuvent être contraints de restituer les profits réalisés et de payer des sanctions civiles ; si un intermédiaire en actifs numériques référence sciemment des tokens interdits, il encourt une amende pouvant aller jusqu’à 250 000 $ par jour et par infraction.

Le calendrier de cette disposition est significatif. Quelques semaines auparavant, la déclaration financière du Président Trump pour 2025 faisait état de revenus liés aux crypto-actifs compris entre 1,2 et 1,4 milliard de dollars. Les critiques ont souligné que, tandis que le Président défend des politiques favorables aux cryptomonnaies, ses entreprises familiales engrangent d’importants profits dans le secteur. Le nouveau projet de loi répond directement à cette controverse par une réforme institutionnelle.

L’une des dispositions les plus controversées est la « clause d’extinction » de l’interdiction éthique : les restrictions expirent automatiquement à midi le 20 janvier 2029, soit à la fin du second mandat de Trump. Cette mesure temporaire a suscité l’opposition conjointe de sept sénateurs démocrates. Les démocrates s’opposent notamment à ce que l’autorité de mise en œuvre soit confiée uniquement au Département de la Justice ; la démocrate du Maryland, Angela Alsobrooks, a qualifié cette disposition « d’absurde, peu sérieuse, voire complètement folle ».

Comment le mécanisme de rémunération des stablecoins trace la frontière entre incitations et régulation

Les dispositions relatives au rendement des stablecoins figurent parmi les éléments les plus impactants commercialement du projet de loi. Le principe central est le suivant : interdire les rendements assimilables à des intérêts sur les soldes inactifs de stablecoins, mais autoriser les récompenses liées à l’activité transactionnelle.

Concrètement, les entreprises n’ont pas le droit de verser des intérêts sur les stablecoins simplement pour la détention de fonds inactifs. En revanche, elles peuvent offrir des récompenses liées à une activité réelle, comme l’utilisation de stablecoins pour des paiements, des services de staking ou l’usage de portefeuilles. La condition est que ces récompenses ne soient pas équivalentes aux taux d’intérêt des dépôts bancaires. Les autorités réglementaires définiront les normes de conformité, les obligations de transparence et les structures de récompense autorisées.

Cette distinction a un impact majeur sur les modèles économiques actuels du secteur. Le rendement sur les dépôts de stablecoins — tels que USDC et USDT — constitue une source de revenus essentielle dans la DeFi. Une fois la loi adoptée, les secteurs reposant sur le modèle « hold-to-earn » verront leurs marges se réduire considérablement. La concurrence entre banques et plateformes crypto pour capter des flux de capitaux de plusieurs milliers de milliards de dollars s’intensifiera.

D’un point de vue réglementaire, le dispositif vise à maintenir une frontière entre stablecoins et dépôts bancaires. Si les stablecoins pouvaient offrir des intérêts comme les banques sans supervision équivalente, cela créerait un arbitrage réglementaire. En interdisant les intérêts passifs mais en autorisant les récompenses liées à l’activité, le projet de loi cherche un équilibre entre incitations à l’innovation et stabilité financière.

Classification des protocoles DeFi et conditions d’exemption réglementaire

La classification réglementaire des protocoles de finance décentralisée (DeFi) est depuis longtemps l’un des sujets les plus débattus du processus législatif. Le nouveau texte propose le cadre le plus clair à ce jour pour la régulation de la DeFi.

Le projet de loi conserve l’esprit du Blockchain Regulatory Certainty Act (BRCA), en précisant que les portefeuilles non dépositaires, les développeurs de logiciels blockchain, les validateurs ou les fournisseurs d’infrastructures ne doivent pas être considérés comme des transmetteurs de fonds ou des entreprises de services monétaires du seul fait de leur contribution à la création ou à la maintenance de réseaux décentralisés. Toutefois, ceux qui aident sciemment des acteurs illicites restent pénalement responsables.

Par ailleurs, le Keep Your Coins Act est pleinement intégré, garantissant à chacun le droit de conserver la garde de ses propres crypto-actifs. Les utilisateurs peuvent ainsi détenir leurs actifs sans obligation de les déposer auprès d’une plateforme ou d’un dépositaire.

Pour bénéficier d’une exemption réglementaire, les protocoles DeFi doivent répondre à un critère précis : le standard de « décentralisation suffisante », c’est-à-dire qu’aucune entité unique ne doit pouvoir modifier unilatéralement les règles du protocole. Les protocoles DeFi répondant à ce critère sont exemptés d’enregistrement auprès de la SEC en tant que plateformes de négociation de titres. Le texte prévoit également une voie d’exemption auprès de la SEC pour l’émission de « digital commodities ».

La logique est de déplacer la focalisation réglementaire de la forme technique vers la substance fonctionnelle. Les protocoles hautement décentralisés ne reposent sur les efforts ou le contrôle d’aucune partie spécifique, rendant inutile la régulation des intermédiaires centralisés. Cette définition offre une sécurité juridique à l’innovation DeFi et empêche les projets « pseudo-décentralisés » de profiter de failles dans les exemptions.

Le mécanisme d’exemption à l’émission de tokens : un allègement des contraintes pour les projets américains

La conformité à l’émission de tokens est l’une des innovations structurelles majeures du projet de loi pour le secteur crypto. Le texte instaure un cadre d’exemption à l’enregistrement, intitulé « Regulation Crypto », pour les émetteurs de tokens.

Selon le projet de loi, si un projet vend des tokens à des utilisateurs américains et répond à certains critères, il n’a pas à s’enregistrer pleinement auprès de la SEC. Les paramètres essentiels sont : un plafond d’émission annuelle de 50 millions de dollars ou 10 % de l’offre totale en circulation (le montant le plus élevé étant retenu), et un plafond cumulé de 200 millions de dollars. Les émetteurs doivent fournir des déclarations initiales et semestrielles.

Le texte prévoit également une importante « clause de droits acquis » : tout token utilisé comme actif sous-jacent d’un ETF spot sur une bourse nationale avant le 1er janvier 2026 est automatiquement considéré comme un actif non réglementé en tant que valeur mobilière. Cela concerne non seulement BTC et ETH, mais aussi SOL et XRP lancés au quatrième trimestre 2025. Les émetteurs disposent d’un délai de 60 jours pour s’auto-certifier ; si la SEC ne s’y oppose pas dans ce délai, l’actif n’est pas considéré comme une valeur mobilière.

L’enjeu de cette exemption est clair : auparavant, les projets américains faisaient face à une incertitude prolongée quant au statut de leurs tokens, poussant l’innovation à l’étranger. Le nouveau cadre offre une voie de conformité claire et des plafonds de financement, réduisant considérablement les risques juridiques et les coûts de conformité pour les projets crypto américains.

Lutte contre le blanchiment d’argent et renforcement des mécanismes d’application : un nouvel équilibre entre conformité et innovation

Les dispositions relatives à la lutte contre le blanchiment d’argent (AML) et à l’application des règles figurent parmi les renforcements réglementaires les plus robustes du projet de loi. Le texte comporte près de vingt clauses distinctes sur l’AML, les sanctions et les pouvoirs d’application.

Selon le projet de loi, les prestataires de services sur actifs numériques — y compris les plateformes d’échange, courtiers et négociants — sont, pour la première fois, pleinement soumis au Bank Secrecy Act (BSA). Ces entités doivent remplir l’ensemble des obligations de conformité : évaluation des risques, contrôles internes, nomination de responsables conformité, formation, audit et déclaration des activités suspectes. Les plateformes d’échange de « digital commodities », courtiers et négociants sont assimilés à des institutions financières, soumises à des standards de conformité similaires à ceux des banques traditionnelles.

Sur le plan de l’application, le texte prévoit une augmentation des financements pour les enquêtes liées aux cryptomonnaies, la formation du personnel d’enquête, la création d’un centre de lutte contre la cybercriminalité, et impose aux émetteurs de stablecoins de se conformer aux ordres légaux de gel, saisie, destruction ou réémission de tokens lorsque cela est nécessaire. Un nouveau chapitre renforce l’application, notamment via le financement d’outils d’analyse blockchain pour les gouvernements locaux et fédéraux, la création d’un « cyber centre » dédié à la lutte contre les cyberattaques d’États-nations, et l’autorisation donnée au Département de la Justice d’engager des poursuites civiles contre les plateformes en infraction.

La protection des avoirs clients est également un axe central du projet de loi. Il précise que les crypto-actifs des clients sont reconnus comme des avoirs clients, et non comme des actifs de l’entreprise en cas de faillite. L’objectif est d’éviter la répétition du scénario FTX, en garantissant la ségrégation des fonds des utilisateurs en cas de défaillance d’une plateforme.

Redéfinition des pouvoirs réglementaires de la SEC et de la CFTC

La répartition des compétences réglementaires constitue l’innovation institutionnelle majeure du CLARITY Act. La logique du texte est de classer les actifs numériques en fonction de leur usage effectif.

Selon le projet de loi, les actifs numériques sont répartis en trois grandes catégories. La première concerne les « digital commodities » — tokens dont la valeur découle principalement du système blockchain sous-jacent, sous la supervision de la CFTC. La CFTC dispose d’une compétence exclusive sur le marché au comptant de ces actifs. La deuxième catégorie regroupe les « digital securities » — actifs dépendant des efforts de promoteurs, la SEC supervisant l’émission primaire, la transparence et la protection des investisseurs. La troisième catégorie vise les stablecoins et autres actifs fonctionnels, soumis à des règles spécifiques.

Cette classification met fin au débat de longue date sur la distinction entre « security » et « commodity ». Le mécanisme central du texte construit un pont réglementaire entre la SEC et la CFTC : les « actifs accessoires » dépendant des efforts de promoteurs sont régulés par la SEC, imposant aux émetteurs de publier des états financiers audités, la structure de propriété, la tokenomics, etc. Dès lors que le contrôle du token devient suffisamment décentralisé, il passe dans la catégorie « digital commodity » sous la supervision de la CFTC pour les plateformes et intermédiaires.

D’un point de vue réglementaire, l’innovation clé réside dans une voie de classification dynamique : un token peut passer du statut de « security » à celui de « commodity » une fois le réseau suffisamment décentralisé. Cela permet d’adapter la régulation à chaque étape du cycle de vie d’un projet crypto.

Conclusion

La publication de la version révisée du CLARITY Act marque un tournant dans la régulation américaine des cryptomonnaies : elle opère un passage d’une supervision axée sur la répression à une gouvernance fondée sur des règles claires. Ce texte de 616 pages propose le cadre le plus systématique à ce jour autour de six axes majeurs : l’interdiction des tokens pour les responsables publics fixe un standard éthique fédéral inédit ; les règles sur la rémunération des stablecoins tracent la frontière entre innovation et stabilité financière ; la classification DeFi offre des exemptions réglementaires pour les protocoles décentralisés ; les exemptions à l’émission de tokens abaissent significativement les barrières de conformité pour les projets américains ; les obligations AML intègrent pleinement l’industrie des actifs numériques dans la régulation financière traditionnelle ; enfin, la répartition des pouvoirs entre la SEC et la CFTC met fin au débat de compétence.

Cependant, les perspectives d’adoption du texte restent très incertaines. Le Sénat doit réunir 60 voix, et sept sénateurs démocrates ont déjà exprimé leur opposition. Les marchés de prédiction estiment à 40–42 % la probabilité que le CLARITY Act devienne loi en 2026. À l’approche de l’échéance du 7 août, la capacité du texte à rassembler les soutiens nécessaires sera la principale variable qui façonnera la régulation crypto américaine dans les prochaines semaines.

Quoi qu’il advienne du texte en 2026, sa rédaction indique déjà clairement la direction future de la régulation américaine des cryptomonnaies : des règles plus claires, des standards éthiques renforcés, des frontières de compétence mieux définies, et un espace institutionnel pour une innovation conforme.

Foire aux questions (FAQ)

Q1 : À quelle étape du processus législatif se trouve actuellement le CLARITY Act ?

Le texte a été adopté par la Chambre des représentants le 17 juillet 2025, par 294 voix contre 134. Le 14 mai 2026, il a été approuvé par la commission bancaire du Sénat par 15 voix contre 9. Le 22 juillet 2026, les Républicains du Sénat ont publié la dernière version révisée. Le projet de loi attend désormais un vote en séance plénière du Sénat et nécessite 60 voix pour avancer.

Q2 : Quelles sont les règles spécifiques concernant le mécanisme de rémunération des stablecoins ?

Le texte interdit les rendements assimilables à des intérêts sur les soldes inactifs de stablecoins. Toutefois, il autorise les récompenses liées à l’activité transactionnelle, comme l’utilisation des stablecoins pour des paiements, du staking ou l’usage de portefeuilles. Les autorités réglementaires fixeront les standards de conformité détaillés et les structures de récompense autorisées.

Q3 : Dans quelles conditions les protocoles DeFi peuvent-ils bénéficier d’une exemption de la régulation SEC ?

Les protocoles DeFi éligibles doivent respecter le critère de « décentralisation suffisante », c’est-à-dire qu’aucune entité unique ne peut modifier unilatéralement les règles du protocole. Les portefeuilles non dépositaires, les développeurs de logiciels blockchain, les validateurs et fournisseurs d’infrastructures ne sont pas considérés comme transmetteurs de fonds du seul fait de leur contribution à la création ou à la maintenance de réseaux décentralisés.

Q4 : Quels sont les plafonds de financement pour les exemptions à l’émission de tokens ?

Dans le cadre de la « Regulation Crypto », le plafond annuel d’émission est de 50 millions de dollars ou 10 % de l’offre totale en circulation (le montant le plus élevé étant retenu), et le plafond cumulé est de 200 millions de dollars. Les émetteurs doivent fournir des déclarations initiales et semestrielles.

Q5 : Quel est l’impact du texte sur les tokens majeurs déjà listés ?

Tout token utilisé comme actif sous-jacent d’un ETF spot sur une bourse nationale avant le 1er janvier 2026 est automatiquement considéré comme un actif non réglementé en tant que valeur mobilière. BTC, ETH, SOL, XRP et d’autres sont inclus dans cette catégorie.

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